Depuis quelques mois, la scène cocktails bruxelloise est en pleine effervescence. Un nouveau bar situé dans le très vivant quartier Dansaert s’inscrit dans cette tendance enivrante. Le Life is Beautiful (LIB) a ouvert ses portes en mai 2016, mais il réunissait déjà depuis deux ans son lot d’aficionados sous forme de bar itinérant. Ambiance décontractée, musique funk, plantes vertes : un oasis apaisant en plein centre de la capitale.

Avant tout, une rencontre

La première chose que l’on remarque au Life is Beautiful, c’est le comptoir. Large pièce de bois, parsemé de bouteilles et flacons, avec derrière, d’une part Harouna et son grand sourire, un shaker à la main, et Karoline s’affairant à servir d’appétissantes petites bouchées.

Harouna vient de la région parisienne, où il découvre le monde de la restauration à travers les jobs étudiants. Pris de passion par l’interaction avec ses clients, il enchaîne les différents établissements: restaurants, bars, clubs, hôtels. C’est à Londres, où il était parti améliorer son anglais durant les vacances d’été, qu’il fait ses premières armes dans les cocktails.

“En me spécialisant dans les cocktails, par le service et la préparation de ceux-ci, je me suis rendu compte qu’on pouvait apporter une meilleure expérience aux clients.” H

A Bruxelles, après un passage au Stoefer (Châtelain), il débute son projet de bar itinérant: Life is Beautiful. Ce projet, il le porte avec Karoline :

“Je n’ai jamais travaillé dans l’Horeca. C’est la nourriture qui m’intéressait, je faisais des choses à la maison. Quand on s’est rencontré, on s’est dit que les deux pouvaient bien aller ensemble.” K

Finalement, ils jettent leur dévolu sur un local rue Dansaert. Ce qui leur plaît, c’est l’intimité du lieu, permettant de conseiller le client même quand le bar est rempli.

“On a voulu créer un espace où on se sent directement à l’aise.” K

Même en habitué des bars, je me suis parfois senti en porte-à-faux dans certains bars à cocktails de par ma tenue relâchée. Ici, rien de tout ça, on s’y sent bien, baigné par une une musique soul-funk rythmée mais laissant l’occasion de discuter.

Une petite faim ?

“On voulait éviter le sucré, les cocktails l’étant déjà assez. Quelque chose de simple, qu’on peut manger avec du pain, préparable à l’avance, mais avec toute une recherche derrière en terme de goût”. K

Tout est fait maison, et il y a une véritable originalité dans les recettes, à travers les épices, graines et herbes utilisées. Et si le food pairing est moins développé qu’à l’époque du bar éphémère, il reste toujours au moins un cocktail qu’on nous conseillera avec chaque petite gâterie.

“On cherchait vraiment une véritable alternative à la planche de fromage, comme on est différent sur nos autres produits – bières, alcools, cocktails. Une fingerfood avec notre touche personnelle.” H

 Des cocktails originaux

Le bar n’est lié à aucune grande maison, ce qui lui permet de rester indépendant quant au choix des produits.

“On commence avec des classiques, et à côté de ce noyau, nos découvertes, réalisées en goûtant ou en lisant, ou même, comme c’est déjà arrivé, un client qui arrive avec une bouteille pour nous faire découvrir.” H

En regardant les étagères, on remarque beaucoup de produits aromatisés, infusés voire fabriqués maison: cordials, bitters, sirops, gins

“Les fingerfoods sont tous faits à la maison, les sirops également. Mais ce qui doit macérer quelques jours, c’est plutôt au bar. Petit à petit, on fait de plus en plus au bar, histoire de profiter un peu plus de notre temps en dehors, de déconnecter un petit peu.” H

Inspirations diverses

Karoline travaille énormément les épices et les herbes – la cannelle, la cardamome, la coriandre, mais aussi le piquant, comme avec le piment habanero par exemple. Mais le mieux, ce sont les découvertes, les changements d’habitudes.

“Je détestais le céleri avant, et depuis un cocktail d’Harouna, le Céleri Smash, je l’ai redécouvert. C’est ce qui est bien dans ce projet, la découverte de nouvelle choses, de nouveaux ingrédients. Être plus curieux, s’améliorer dans notre connaissance des produits et des goûts.” K

Le pêché mignon d’Harouna, ce sont ses bitters, dont la collection, présente en partie sur le comptoir, s’agrandit. Il n’a aucun alcool ou goût fétiche, il travaille par phases. Parfois tendant vers l’amer, avec l’utilisation de vermouths ou d’amari par exemple et parfois d’humeur épicée, avec le travail d’infusions.

Les influences sont multiples. Harouna cite les cocktails classiques, indémodables sources d’inspiration. Il parle également de ses confrères dans les autres bars tout comme des restaurants.

“Quand je découvre comment ils utilisent certains produits en cuisine, la combinaison de ceux-ci, je me demande toujours: tiens, est-ce que ça marcherait en cocktail?”. H

Karoline, elle, parle de la lecture ou d’Internet, mais également de la forte influence de leurs voyages dans la découverte de nouveaux produits.

La “cocktail experience” au LIB

Les gens ne se contentent plus d’un bon cocktail. Au LIB, pour Harouna et Karoline, l’expérience humaine compte autant que toucher les sens et les goûts.

“Lorsqu’on était à Londres, on a vu ça. On a vu un cocktail arriver pour une autre table, et immédiatement, on a voulu la même chose !” K

La présentation joue un rôle, le spectacle aussi : on pense au Burning Passion, quand Harouna capte tous les regards en flambant un fruit de la passion !

Cette relation avec le client est fondamentale.

“C’est pour moi ce qui définit un bar. Si ce n’était pas un bar à cocktail, on aurait fait autre chose. J’aime les produits, mais sans ça, je ne l’aurais pas fait.” H

Des échanges précieux

Lorsqu’on lui demande les inconvénients du métier, Karoline pointe les horaires : derrière un bar, on a pas de week-end. Si parfois le métier est difficile, certains moments valent de l’or :

“Ce qui est vraiment génial, c’est créer un moment agréable pour les autres, quand ils partent et nous disent: merci, on a vraiment passé un bon moment ici”. K

Harouna pointe les clients avec qui on tisse une relation mais qui ne sont que de passage. Ou lorsque des proches passent dire bonjour mais que l’on doit continuer le service malgré tout; de plus c’est un métier physique. Pourtant l’échange qu’il permet est gratifiant :

“Mais à un moment donné, les gens viennent autant pour toi que pour ton endroit, tes cocktails ou tes produits. On peut leur faire découvrir des choses, ou eux, à nous.” H

Harouna garde cette philosophie à l’esprit quand on lui parle de la scène coquetelière1 bruxelloise

“Plus on a de bons barmans et de bon bars, plus le monde des bars en profitera, à travers l’échange qui se fera.” H

En ressortant revigorés du Life is Beautiful, la vie est décidément plus belle !

 

Rue Antoine Dansaert 161, 1000 Bruxelles


Mardi à jeudi : 17h – 0h
Vendredi : 17h – 1h & Samedi : 18h– 1h

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Propos recueillis au Life is Beautiful par Chris et Pascal.
Photos : graindivresse.com 
Photo du cocktail : Life Is Beautiful
Remerciements : Kika et Harouna, Momo.